Une marque de prêt-à-porter parisienne, un positionnement soigné, des visuels Instagram léchés – et plus de 800 clients qui réclament leur argent sans réponse.
Le cas Navy Paris est l’un des plus documentés parmi les micro-marques de mode françaises qui ont chuté ces dernières années, et il mérite qu’on le raconte sans détour.
Navy Paris, c’est quoi exactement?
Navy Paris est une marque de prêt-à-porter féminin fondée en 2013 par Marine Pelletier. Le positionnement visait clairement le segment « marque parisienne accessible » : des pièces aux coupes structurées, un univers visuel propre, une communication centrée sur Instagram.
L’adresse du siège social – 5 avenue Ingres, dans le 16e arrondissement de Paris – participait à construire cette image haut de gamme.
Sur le plan juridique, la société est une SAS au capital de 10 000 euros, enregistrée sous sa forme actuelle depuis le 1er janvier 2019.
Antoine Cespédès y occupait le poste de directeur général aux côtés de Marine Pelletier, présidente, tous deux nommés le 24 janvier 2019. L’activité déclarée couvre la conception et la commercialisation de vêtements, chaussures, accessoires et maroquinerie.
Ce qui tranche avec l’image projetée : en 2022, la société n’employait qu’un ou deux salariés. Une structure squelettique pour une marque qui prenait des commandes à plusieurs centaines d’euros et gérait un volume client visiblement supérieur à ses capacités opérationnelles.
Avis clients Navy Paris : ce que disent vraiment les acheteurs

La note Trustpilot de Navy Paris est de 1,1 sur 5, calculée sur plus de 822 avis. C’est l’une des notes les plus basses observables sur la plateforme – à titre de comparaison, même des sites régulièrement critiqués dépassent rarement ce seuil. Le score de confiance sur ScamDoc tombe à 23 %, ce qui classe le site dans la catégorie « risque élevé ».
Les témoignages sont précis et répétitifs, ce qui leur donne du poids. Une cliente évoque trois pulls commandés le 15 décembre pour 262 euros : au 8 mars, ni livraison ni remboursement.
D’autres signalent des montants de 74 euros, 322 euros, voire 388 euros bloqués pendant des semaines ou des mois. Ce ne sont pas des oublis ponctuels : le schéma se répète à l’identique sur des dizaines de témoignages.
Le service client semblait actif au moins pour une chose : bloquer les acheteurs mécontents sur les réseaux sociaux dès qu’ils réclamaient leur commande publiquement. Plusieurs clients le signalent explicitement sur signal-arnaques.com. Une façon de gérer la crise qui dit beaucoup sur l’état réel de la marque à cette période.
Ce type de situation n’est pas unique dans l’univers des petites boutiques en ligne. On retrouve des mécaniques similaires dans d’autres dossiers de boutiques parisiennes dont la fiabilité est questionnée, où l’image soignée masque parfois une fragilité opérationnelle réelle.
Quels sont les scandales et rumeurs qui entourent la marque?
La première polémique porte sur l’origine des vêtements. Des clients et des blogueurs ont affirmé que les pièces Navy Paris étaient fabriquées en Chine, alors que la communication de la marque entretenait une ambiguïté sur ce point – un positionnement « parisien » qui pouvait laisser entendre une fabrication locale ou européenne. Aucun démenti officiel documenté n’a circulé.
Des témoignages publiés sur TikTok ont également évoqué des loyers impayés et des passages d’huissiers dans les locaux de la marque.
Ces récits, non vérifiables officiellement, concordent avec la date de cessation des paiements fixée ultérieurement au 15 août 2022 par le tribunal. La mécanique décrite – loyers en souffrance, stock bloqué, commandes non honorées – forme un tableau cohérent.
Le blocage systématique des clients sur Instagram et Facebook dès qu’ils posaient des questions publiques a alimenté la défiance. Quand une marque efface les commentaires et coupe l’accès à celles et ceux qui réclament un colis payé, le signal est difficile à mal interpréter.
Des remboursements impossibles : la chronologie d’une crise financière

Les premiers signalements de remboursements non perçus remontent à octobre 2022 – soit deux mois après la date officielle de cessation des paiements fixée au 15 août 2022.
Cette date est celle que le Tribunal de Commerce de Paris a retenue : c’est le moment où Navy Paris n’était plus en mesure de faire face à ses dettes avec son actif disponible.
Pendant près de 18 mois, des clients ont continué à commander, à attendre, à relancer – sans savoir que la société était techniquement en état d’insolvabilité depuis l’été 2022.
Certains ont mentionné que la seule menace ayant produit un résultat concret était l’annonce d’un signalement auprès de la DGCCRF : dans quelques cas, cela aurait suffi à déclencher un remboursement sous 48 heures.
Cette réactivité sélective – ignorer les relances normales, céder face à la menace d’un signalement officiel – est un indicateur classique d’une structure qui cherche à gagner du temps sans intention réelle d’honorer ses engagements.
Liquidation judiciaire de Navy Paris : que s’est-il passé?
Le 15 février 2024, le Tribunal de Commerce de Paris a prononcé l’ouverture de la liquidation judiciaire de Navy Paris, sous le numéro P202400566. Cette procédure signifie que la société n’a pas été jugée redressable : il n’y a pas eu de période d’observation, pas de plan de continuation. La fermeture est définitive.
Le liquidateur désigné est la SELARL Asteren, représentée par Me Julia Ruth, dont les bureaux se trouvent au 55 rue de Lyon, dans le 12e arrondissement de Paris. C’est à cette adresse que les créanciers – dont les clients lésés – doivent adresser leur déclaration de créance.
Le calendrier de la procédure a suivi son cours : l’avis de dépôt de la liste des créances a été publié au BODACC le 28 janvier 2025, et l’état des créances a été déposé le 19 février 2025. Ces dates sont importantes pour quiconque souhaite encore tenter de récupérer une somme due.
Vous êtes client lésé : quelles démarches pour récupérer votre argent?

Si vous avez payé une commande Navy Paris jamais reçue ou un remboursement jamais versé, plusieurs voies existent. Voici les démarches à envisager selon votre situation :
- Déclaration de créance auprès du liquidateur : contactez la SELARL Asteren (Me Julia Ruth, 55 rue de Lyon, 75012 Paris) pour déclarer votre créance. Cette démarche est obligatoire pour être inscrit dans la procédure collective. Attention : des délais stricts s’appliquent à partir de la publication au BODACC.
- Chargeback bancaire : si vous avez payé par carte bancaire, contactez votre banque pour contester le débit. La procédure de chargeback est possible jusqu’à 13 mois après la transaction selon les émetteurs. C’est souvent la voie la plus rapide et la plus efficace.
- Signalement à la DGCCRF : même si la société est en liquidation, un signalement sur SignalConso documente le problème et peut aider d’autres consommateurs à éviter le même écueil.
- PayPal ou autre service de paiement : si vous avez utilisé PayPal, ouvrez un litige via la résolution de problèmes PayPal – les délais y sont généralement de 180 jours.
Soyons honnêtes sur les chances réelles : dans une liquidation judiciaire, les clients particuliers sont considérés comme des créanciers chirographaires, c’est-à-dire non prioritaires. Les salaires impayés, les dettes fiscales et les créanciers garantis passent avant.
Si l’actif de la société est faible – ce qui semble probable au vu du capital de 10 000 euros et de la structure minimaliste -, les remboursements via la procédure collective seront probablement nuls ou symboliques. Le chargeback bancaire reste la meilleure option concrète.
La fermeture de Navy Paris illustre les risques réels des achats en ligne auprès de petites marques de mode
Navy Paris n’est pas un cas isolé. C’est la version documentée d’un schéma que l’on retrouve régulièrement : une micro-marque avec un capital insuffisant, un ou deux salariés, une communication soignée et une infrastructure opérationnelle incapable d’absorber la croissance ou les imprévus.
Avant de commander auprès d’une petite marque en ligne, quelques vérifications prennent cinq minutes et peuvent vous épargner des semaines de relances.
Sur Pappers ou Societe.com, vous accédez au capital social, à l’effectif déclaré et aux éventuelles procédures collectives en cours. Un capital de 1 000 ou 10 000 euros ne signifie pas nécessairement une arnaque, mais combiné à un score ScamDoc sous 30 % et une note Trustpilot sous 2, le tableau devient préoccupant.
Les signaux d’alerte qui auraient dû alerter sur Navy Paris étaient lisibles bien avant la liquidation : des avis négatifs massifs et anciens, des délais de livraison allongés sans explication, un service client qui bloquait les réclamations publiques.
Pour éviter ce type de déconvenue, vérifier systématiquement les avis clients sur des sites indépendants avant toute commande reste le réflexe le plus utile.
Ce que révèle le dossier Navy Paris, au fond, c’est qu’une adresse dans le 16e et un feed Instagram cohérent ne remplacent pas un bilan sain. L’image d’une marque et sa solidité financière sont deux choses séparées – et c’est toujours la seconde qui détermine si vous recevrez votre commande.