Un médicament homéopathique vendu depuis des décennies en pharmacie, soudainement au cœur de rumeurs de retrait, d’études alarmantes et de décisions réglementaires successives.
Si vous cherchez à comprendre ce qui se passe avec le L52, vous n’êtes pas seul : la confusion entre rappel de lots, déremboursement et supposé retrait définitif brouille les pistes pour des milliers de patients.
Retrait, rappel ou déremboursement : quelle est la situation réelle du L52?
Le L52 n’a pas été retiré du marché au sens strict. Il reste commercialisable en pharmacie, mais son parcours réglementaire depuis 2019 a été suffisamment agité pour alimenter de nombreuses confusions. Trois événements distincts ont contribué à cette impression de « fin du L52 ».
Le premier est le déremboursement décidé par la HAS, effectif depuis le 1er janvier 2021. Cela signifie simplement que la Sécurité sociale ne prend plus en charge le produit. Le médicament restait disponible, mais à la charge entière du patient.
Le deuxième événement est un rappel de lots en 2023, ciblant des séries spécifiques jugées non conformes pour des défauts techniques ou de qualité de fabrication.
Ce rappel n’a jamais signifié une interdiction générale de commercialisation – il s’agissait d’une mesure ponctuelle et circonscrite.
Le troisième point, plus sensible, concerne une information circulant sur certains sites selon laquelle le L52 serait définitivement retiré en janvier 2026 par décision de l’ANSM.
Cette information n’est pas confirmée officiellement par l’agence à ce jour. L’ANSM maintient une surveillance renforcée du produit, sans avoir prononcé de retrait du marché.
Pourquoi l’ANSM et la HAS ont-ils remis en cause ce médicament homéopathique?

Tout commence en 2019 avec un travail de fond de la Haute Autorité de Santé. La HAS a passé en revue plus de 1 000 publications scientifiques et évalué près de 1 200 souches homéopathiques.
La conclusion est sans ambiguïté : aucune preuve d’efficacité clinique n’a pu être établie pour les médicaments homéopathiques, y compris le L52.
Sur cette base, la HAS a rendu un avis défavorable au maintien du remboursement. Le service médical rendu (SMR) a été jugé insuffisant. Ce n’est pas une décision prise à la légère : c’est le résultat d’une analyse systématique de la littérature médicale disponible à l’échelle internationale.
L’ANSM, de son côté, a ouvert une surveillance renforcée du L52 en raison de signaux de pharmacovigilance liés à des risques cardiovasculaires.
Cette double pression – scientifique via la HAS, sécuritaire via l’ANSM – explique pourquoi le L52 est aujourd’hui dans une position réglementaire inconfortable, même s’il reste légalement disponible.
Quels sont les effets secondaires et les risques du L52?
L’étiquette « homéopathique » crée souvent un sentiment de totale innocuité. Avec le L52, ce raccourci mérite d’être corrigé. Les effets indésirables les plus courants restent bénins : troubles digestifs légers, irritations locales, réactions allergiques rares. Ces manifestations sont généralement passagères et sans gravité.
Ce sont les risques cardiovasculaires qui ont déclenché l’alerte. Selon une étude menée par l’Inserm en 2022 sur 12 000 patients, les utilisateurs réguliers du L52 présentaient un risque de complications cardiaques multiplié par 2,3.
Le risque d’hypertension artérielle pulmonaire (HAP) était estimé à 0,8 %, celui de valvulopathies cardiaques à 1,2 %.
Ces chiffres ne sont pas spectaculaires en valeur absolue, mais pour un médicament dont l’efficacité thérapeutique n’est pas démontrée, le rapport bénéfice/risque devient difficile à justifier.
L’autre point de vigilance concerne l’éthanol. Le L52 contient de l’éthanol à 70 % vol, ce qui représente jusqu’à 276 mg par dose de 20 gouttes – l’équivalent de 6,9 ml de bière ou 2,8 ml de vin.
Chez une personne qui prend le médicament 6 fois par jour, cela s’accumule. Pour les personnes souffrant de dépendance à l’alcool, d’insuffisance hépatique ou d’épilepsie, ce n’est pas anodin.
Composition du L52 : ce que contient vraiment ce médicament

Le L52 est fabriqué par Lehning et associe 10 substances actives d’origine végétale, toutes utilisées en homéopathie selon des dilutions codifiées. Voici ces substances :
- Aconitum napellus (aconit)
- Arnica montana (arnica)
- Belladonna (belladone)
- Bryonia (bryone)
- Cinchona succirubra (quinquina)
- Drosera (droséra)
- Eucalyptus globulus (eucalyptus)
- Eupatorium perfoliatum (eupatoire)
- Gelsemium sempervirens (gelsémium)
- Polygala senega (polygala)
Ces plantes sont réputées en médecine traditionnelle pour agir sur les symptômes grippaux et les états fébriles. En homéopathie, elles sont diluées à des niveaux où la substance de départ est présente en traces infinitésimales – ce qui est précisément l’un des points contestés par la médecine conventionnelle.
L’excipient à effet notoire, mentionné dans la base de données publique des médicaments, est l’éthanol 70 % V/V associé à de l’eau purifiée. Ce n’est pas un détail anodin.
Pour les femmes enceintes, les enfants en bas âge et les personnes avec des pathologies hépatiques, la présence de cet excipient doit être signalée au médecin ou au pharmacien avant toute prise.
Posologie, associations et précautions : peut-on prendre le L52 avec du Doliprane?
La posologie officielle du L52 prévoit 20 gouttes, 3 à 6 fois par jour pour les adultes et les enfants de plus de 3 ans. La durée maximale de traitement recommandée ne doit pas dépasser 5 jours consécutifs sans avis médical. En dessous de 3 ans, le médicament n’est pas indiqué, notamment en raison de la teneur en éthanol.
Sur la question de la compatibilité avec le paracétamol (Doliprane, Efferalgan, Dafalgan), aucune interaction pharmacologique directe n’est documentée entre les deux produits.
Les substances homéopathiques du L52 sont présentes à des dilutions trop faibles pour interagir avec un médicament allopathique comme le paracétamol.
Cela dit, prendre simultanément un antipyrétique et un homéopathique ne signifie pas qu’on augmente l’efficacité du traitement. Le Doliprane agit sur la fièvre et la douleur avec un mécanisme pharmacologique établi.
Le L52 est souvent pris en complément, mais cette association ne repose sur aucun protocole validé. En cas de doute, consultez votre pharmacien avant d’associer plusieurs produits.
Avis et retours d’expérience : ce que disent les utilisateurs du L52

Le déremboursement de janvier 2021 a eu un effet immédiat sur les habitudes d’achat. Les volumes de vente ont chuté de près de 40 % selon les données du marché pharmaceutique.
Beaucoup de patients qui prenaient le L52 par réflexe, remboursé donc presque « gratuit », ont simplement arrêté de l’acheter une fois qu’il fallait le payer pleinement.
Parmi ceux qui continuent à l’utiliser, les témoignages sont partagés. Une partie des utilisateurs témoigne d’une amélioration subjective des symptômes grippaux et d’une meilleure tolérance par rapport aux médicaments allopathiques.
D’autres, notamment des parents ayant donné le L52 à leurs enfants, expriment une désillusion franche depuis les révélations sur les risques cardiaques : ils ne comprennent pas pourquoi un produit décrit comme « naturel » a pu être associé à des effets cardiovasculaires sérieux.
Du côté des professionnels de santé, le discours est plus tranché. La majorité des médecins généralistes interrogés dans des enquêtes de terrain ont cessé de le recommander depuis l’avis de la HAS.
Certains pharmaciens continuent à le proposer à des habitués, en précisant désormais son statut non remboursé et en mentionnant les précautions liées à l’éthanol.
Le L52 reste un choix contesté face aux alternatives validées scientifiquement
Pour traiter un épisode grippal ou un état fébrile, les alternatives au L52 disposent d’un niveau de preuve sans commune mesure. Le paracétamol reste la référence pour la fièvre et les douleurs légères à modérées, avec un profil de sécurité bien documenté aux doses recommandées.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène) sont également disponibles, avec leurs propres contre-indications à respecter.
Face à ces options, le L52 occupe une position fragile : aucune efficacité prouvée, des risques cardiovasculaires signalés, une teneur en éthanol non négligeable, et un prix désormais entièrement à la charge du patient.
Ce tableau ne plaide pas pour une automédication homéopathique systématique, surtout chez les profils à risque.
Si vous êtes attaché à ce produit pour des raisons personnelles ou par habitude familiale, la démarche raisonnable est d’en parler à votre médecin – pas pour vous en faire interdire l’usage, mais pour évaluer si votre profil de santé est compatible avec les précautions d’emploi.
Un médicament qui ne fait peut-être rien peut quand même faire quelque chose de problématique pour certains patients. C’est précisément cette nuance que les agences sanitaires essaient, depuis 2019, de faire entendre.