En cours de SVT, les notions de métabolisme, de ration journalière et d’équilibre alimentaire peuvent sembler abstraites sur le papier. Equil’al change ça – un outil numérique gratuit, conçu par un professeur, qui permet de manipuler de vrais chiffres sur ses propres repas plutôt que de simplement lire une définition dans un manuel.
Voici comment il fonctionne, pourquoi il est devenu incontournable dans les classes, et ce qu’il permet vraiment d’apprendre.
Qu’est-ce qu’Equil’al exactement ?
Equil’al est une application web pédagogique gratuite et open source, créée par Philippe Cosentino, professeur de SVT de l’académie de Nice. Elle a été conçue pour l’enseignement de l’équilibre alimentaire au collège et au lycée, en lien direct avec les programmes de Sciences de la Vie et de la Terre.
Aucune inscription n’est nécessaire, et la page d’accueil précise qu’aucune donnée personnelle n’est stockée sur le serveur – un point rassurant pour les établissements soucieux de la protection des données des élèves.
L’outil est hébergé sur le site pédagogique de l’académie de Nice et sur la plateforme nationale Forge Éducation Nationale. Plusieurs adresses permettent d’y accéder, ce qui garantit sa disponibilité même en cas de maintenance sur l’un des serveurs.
Il existe aussi une version téléchargeable pour une utilisation en classe sans connexion internet stable – un fichier à décompresser et installer sur les ordinateurs de l’établissement ou le réseau local.
Le public cible est large : élèves de 5e, 4e et 3e pour les notions de base du métabolisme, élèves de seconde et première pour des analyses plus poussées, enseignants de SVT cherchant un support interactif, et particuliers curieux souhaitant visualiser l’équilibre de leurs repas du quotidien.
Que calcule concrètement l’application ?

L’outil suit une logique progressive en six étapes. On commence par saisir son profil : âge, sexe, taille et poids. Ces données servent de base à tous les calculs suivants. On peut entrer son propre profil ou un profil fictif fourni par l’enseignant pour l’exercice.
L’application calcule ensuite l’IMC (Indice de Masse Corporelle) selon la formule classique poids divisé par la taille au carré, avec une interprétation automatique selon les catégories définies par l’OMS : maigreur, corpulence normale, surpoids, obésité.
Equil’al prend soin de préciser que l’IMC est une approximation – il ne tient pas compte de la musculature ni de l’âge développemental, ce qui est une bonne occasion de discussion critique en classe.
L’étape suivante, c’est l’estimation du métabolisme de base : la quantité d’énergie minimale que l’organisme dépense au repos pour maintenir ses fonctions vitales (respiration, battements cardiaques, maintien de la température corporelle).
Equil’al utilise la formule de Black, validée par l’OMS, qui intègre le poids, la taille et l’âge. Pour donner un ordre d’idée, le métabolisme de base représente en moyenne 60 à 70 % des dépenses énergétiques totales d’un individu selon les données de l’ANSES.
L’application multiplie ensuite ce métabolisme de base par un coefficient NAP – le Niveau d’Activité Physique. L’élève choisit son profil : une personne sédentaire a un NAP d’environ 1,4, un sportif régulier peut atteindre 1,9 ou plus.
On obtient ainsi les dépenses énergétiques totales journalières – ce que le corps consomme vraiment chaque jour dans la vie réelle.
Vient ensuite la partie la plus concrète : la composition de la ration journalière. On saisit les aliments consommés par repas (petit-déjeuner, déjeuner, goûter, dîner) en les choisissant dans une base de données organisée par catégories – féculents, produits laitiers, fruits et légumes, viandes et poissons, matières grasses, produits sucrés.
La base s’appuie sur des données nutritionnelles de référence du type de celles publiées par le Ciqual.
Le bilan final compare les apports saisis aux besoins calculés et affiche la répartition en glucides, lipides et protides en grammes et en pourcentage. Les recommandations de l’ANSES servent de référence : 50 à 55 % de glucides, 35 à 40 % de lipides, 10 à 20 % de protéines pour une journée équilibrée.
Comment utiliser Equil’al en cours de SVT ?
L’outil s’intègre dans deux types de séances. Le TP individuel, où chaque élève saisit ses propres données ou un profil fictif fourni par l’enseignant.
L’étude de cas collective, où la classe analyse ensemble le profil d’un personnage type avec des caractéristiques précises (un adolescent de 15 ans pratiquant du football trois fois par semaine, par exemple).
En pratique, la prise en main est rapide. Comptez 15 à 20 minutes pour arriver au bilan final lors d’une première utilisation. Le protocole type se résume ainsi :
- Ouvrir l’application via l’adresse officielle ou la version locale installée en salle informatique
- Saisir le profil (âge, sexe, taille, poids, niveau d’activité)
- Lire et interpréter l’IMC affiché – pourquoi ce chiffre seul ne suffit pas ?
- Composer une journée alimentaire typique aliment par aliment
- Analyser le bilan et le comparer aux recommandations officielles
- Proposer des modifications pour rééquilibrer la ration et observer l’impact en temps réel
La capture d’écran du bilan final s’archive facilement sur un ENT, un Padlet ou un cahier numérique. L’outil fonctionne aussi en interdisciplinarité : SVT et EPS pour croiser besoins énergétiques et activité physique, ou SVT et Sciences et Technologie au collège pour aborder la composition des aliments industriels.
Ce qu’Equil’al permet vraiment d’apprendre

Ce qui distingue Equil’al d’un cours magistral, c’est la manipulation de données concrètes. En saisissant ses propres repas et en voyant apparaître le bilan en temps réel, l’élève comprend intuitivement ce que signifie « trop de lipides » ou « apports insuffisants en glucides ».
Ce n’est plus une règle abstraite du manuel – c’est une réalité chiffrée sur son propre écran.
Un exemple parlant : un élève qui mange deux croissants au petit-déjeuner et aucun légume de la journée voit immédiatement que sa répartition lipides/glucides/protides est déséquilibrée.
Il peut ensuite tester virtuellement ce qui se passe s’il remplace l’un des croissants par un bol de céréales et une pomme. L’effet est immédiat, visible, et bien plus mémorisable qu’un schéma dans un livre.
Les compétences travaillées sont clairement inscrites dans les programmes : lecture et interprétation de données quantitatives, compréhension de la notion de ration énergétique, mise en relation des apports et des dépenses selon le niveau d’activité, et exercice du raisonnement scientifique – formuler une hypothèse, la tester en modifiant des paramètres, conclure.
Les limites à connaître avant de l’utiliser
Philippe Cosentino lui-même l’indique clairement dès la page d’accueil de l’application : les données nutritionnelles peuvent présenter des erreurs, et les formules utilisées sont souvent « de grossières approximations ».
Ces mots sont ceux de l’auteur – c’est une honnêteté rare et appréciable pour un outil pédagogique.
L’application déconseille formellement son utilisation dans un contexte médical : régime alimentaire, bilan nutritionnel personnalisé, suivi de santé. Pour ces usages, la consultation d’un médecin ou d’un diététicien est indispensable.
Ce point mérite d’être rappelé aux élèves en début de séance pour éviter toute confusion entre un exercice de SVT et un avis médical.
La base de données alimentaire n’est pas exhaustive. Certains aliments courants peuvent manquer, et les valeurs nutritionnelles des produits industriels très transformés ne sont pas toujours représentées fidèlement.
L’IMC calculé reste purement indicatif – il ne tient pas compte de la masse musculaire, ce qui est particulièrement important à rappeler chez les adolescents en pleine croissance.
Pour les élèves qui auraient des préoccupations réelles autour de leur alimentation ou de leur poids, l’enseignant doit clairement repositionner l’outil comme un exercice de SVT et orienter vers les professionnels de santé compétents. Un outil pédagogique n’est jamais un substitut à un professionnel, et Equil’al a le mérite de le dire lui-même.
Equil’al est l’un des rares outils numériques éducatifs pensés entièrement pour et par l’Éducation nationale française – gratuit, open source, sans publicité, sans collecte de données.
Pour un cours de SVT sur l’alimentation, il remplace avantageusement n’importe quel exercice papier en rendant les notions abstraites immédiatement visualisables.
Sa limite est aussi sa force : en restant clairement dans le registre pédagogique, il apprend aux élèves à raisonner sur l’alimentation sans jamais prétendre faire le travail d’un professionnel de santé.