On imagine Cléopâtre avec ses yeux soulignés de noir, ses paupières vertes et ses lèvres rouges – mais ce tableau correspond-il à la réalité historique ou à un fantasme de cinéma ?
La réponse est plus nuancée qu’on ne le croit, et bien plus intéressante. Voici tout ce que vous devez savoir pour comprendre et reproduire ce look mythique, avec des bases solides.
Comment se maquillait vraiment Cléopâtre?
Cléopâtre VII, reine d’Égypte au 1er siècle avant J.-C., se maquillait selon des pratiques cosmétiques héritées de plusieurs millénaires de tradition égyptienne.
Ses yeux étaient soulignés à l’aide de khôl – un mélange de galène broyée et de malachite – qui produisait un trait noir dense et très pigmenté.
La galène est un minerai de plomb naturel ; sa toxicité est réelle, mais les Égyptiens n’en avaient pas conscience à l’époque.
Pour les paupières, elle utilisait un fard vert obtenu en broyant de la pierre de malachite, mélangé à de la graisse animale ou des huiles végétales pour en faire une pâte applicable.
Sur les lèvres et les joues, c’est l’ocre – un pigment d’origine minérale, rouge orangé – qui colorait la peau.
Ces matières premières se conservaient dans de petits pots en albâtre ou en calcaire, retrouvés intacts dans des tombes datant de 3 100 à 2 907 avant J.-C.
Le rituel de maquillage avait une dimension religieuse autant que cosmétique. Se parer, c’était aussi honorer les dieux et affirmer son statut.
Cléopâtre, qui se présentait elle-même comme une incarnation d’Isis, utilisait le maquillage comme un marqueur de pouvoir divin.
Quel type de maquillage les Égyptiens utilisaient-ils?

Les cosmétiques égyptiens antiques formaient un système complet, bien loin d’un simple soin de beauté.
Les fards à paupières se déclinaient en trois grandes teintes : le noir du khôl, le vert de la malachite, et des tons dorés ou turquoises obtenus à partir de minéraux broyés – chrysocolle pour le bleu-vert, oxyde de cuivre pour les reflets chauds.
Ces couleurs n’étaient pas choisies au hasard. Le vert malachite évoquait la jeunesse, la renaissance et la nature fertile du Nil. Le turquoise et le doré étaient associés à Osiris, dieu de la mort et de la résurrection.
Porter ces pigments sur le visage, c’était se placer sous la protection des dieux et signaler son appartenance à un univers symbolique fort.
Pour les lèvres, l’ocre rouge créait un effet similaire au rouge à lèvres actuel. Les Égyptiens utilisaient aussi des baumes à base de graisses végétales pour protéger la peau des lèvres de la chaleur et du sable.
Un détail souvent oublié : ces cosmétiques s’appliquaient à l’aide de petits bâtonnets en bois ou en os, ancêtres des pinceaux à maquillage.
Le khôl égyptien : bien plus qu’un trait noir autour des yeux
Le mesdemet – nom égyptien du khôl – mérite qu’on s’y attarde. Sa composition variait selon les régions et les époques, mais la base restait quasi constante : galène naturelle broyée, antimoine, suie et malachite.
Ce mélange produisait une poudre très fine, noire ou gris foncé, que l’on délayait parfois avec de l’eau ou une huile pour faciliter l’application.
Des recherches menées sur des échantillons de khôl antique ont montré la présence de laurionite, un composé de plomb synthétisé artificiellement – ce qui prouve que les Égyptiens maîtrisaient des procédés chimiques élaborés il y a plus de 4 000 ans.
Cette laurionite, selon les analyses, stimulait la production d’oxyde nitrique par les cellules immunitaires, activant les défenses naturelles contre les infections oculaires.
Un effet antibactérien documenté, pour un peuple qui vivait dans un environnement particulièrement agressif pour les yeux.
Le trait de khôl avait aussi une fonction pratique immédiate : il réduisait l’éblouissement provoqué par le soleil intense, comme le font aujourd’hui les bandes noires que certains sportifs appliquent sous leurs yeux.
Toutes les classes sociales portaient du khôl – nobles, artisans, paysans – et les enfants en recevaient dès le plus jeune âge, justement pour protéger leurs yeux des infections.
Comment réaliser un maquillage Cléopâtre facilement?

Reproduire ce look à la maison ne demande pas une trousse de maquillage professionnelle. Voici les étapes dans l’ordre, avec les produits modernes équivalents :
- Base de teint : appliquez un fond de teint mat ou une BB cream légère. La peau doit paraître uniforme, sans brillance. Évitez les finis satinés.
- Fard à paupières vert ou doré : couvrez toute la paupière mobile avec un fard mat vert émeraude ou kaki. Vous pouvez aussi utiliser un doré chaud sur la paupière et poser le vert en creux.
- Tracé du contour des yeux : avec un eye-liner noir waterproof, tracez un trait épais sur la paupière supérieure en partant du coin interne. Prolongez-le au-delà de l’œil en remontant légèrement vers la tempe – c’est ce tracé en amande stylisé qui caractérise le look.
- Ligne inférieure : soulignez aussi la paupière inférieure avec le même eye-liner, en rejoignant le trait supérieur au coin externe.
- Mascara : une à deux couches sur les cils supérieurs, en insistant sur la racine.
- Lèvres : posez un rouge à lèvres rouge brique ou bordeaux. Un contour de lèvres au crayon rouge foncé avant l’application permet de tenir la couleur plus longtemps.
- Sourcils : définissez-les avec un crayon brun foncé ou noir, en les allongeant légèrement vers la tempe pour accentuer l’effet égyptien.
Pour les yeux en amande ou bridés, ce tracé est particulièrement flatteur car il accentue la longueur naturelle du regard.
Si vous avez les yeux ronds, allongez davantage le trait vers la tempe pour créer l’illusion d’une forme étirée. Ce look améliore le regard de façon visible en moins de vingt minutes d’application.
Maquillage Cléopâtre pour Halloween : adapter le look à la soirée
Pour une soirée costumée, l’objectif est de rendre le look lisible à distance. On pousse tout dans l’excès, de façon assumée.
Le trait d’eye-liner doit être épais, net et très allongé – comptez au moins deux centimètres de débordement vers la tempe. Vous pouvez doubler le trait pour gagner en densité.
Le fard doré joue un rôle central dans la version soirée. Tapotez un pigment or pur ou un fard très irisé sur toute la paupière mobile avant de poser l’eye-liner.
L’effet est immédiatement plus théâtral. Si vous trouvez un fard à paillettes fines dorées, c’est encore mieux – il accroche la lumière même dans une salle sombre.
Pour aller plus loin dans le look, ajoutez des hiéroglyphes stylisés au coin des yeux avec un eye-liner fin, ou tracez un point doré au milieu du front pour évoquer les ornements pharaoniques.
Les lèvres peuvent passer au rouge très profond, presque bordeaux. Associé à un costume avec col égyptien blanc et dorures, ce maquillage reste cohérent et reconnaissable même en fin de soirée.
Le maquillage doré de Cléopâtre : une esthétique solaire

La déclinaison dorée du look égyptien s’appuie sur une logique symbolique précise : l’or était la couleur de la chair des dieux dans la cosmologie égyptienne.
Poser des pigments dorés sur le visage avait une signification qui dépassait largement l’esthétique. Aujourd’hui, on peut reproduire cet effet avec des produits accessibles.
Les pigments en vrac dorés offrent l’effet le plus pur – quelques grammes suffisent pour plusieurs utilisations.
Ils s’appliquent secs sur la paupière avec un pinceau plat, ou humidifiés avec un fixateur de maquillage pour une tenue longue durée.
Les fards pressés très irisés dans les tons or ou bronze donnent un résultat similaire avec moins de manipulation. Pour un maquillage doré plus élaboré, certains posent une touche de dorure sur l’arête du nez ou les tempes.
Cela évoque les représentations divines des fresques égyptiennes, où les visages sont souvent encadrés de dorures. Avec un soin préalable qui unifie le teint, le rendu final est bien plus net sur la zone frontale et les pommettes.
Le maquillage à l’égyptienne est-il réservé aux femmes?
Historiquement, non. Les hommes égyptiens se maquillaient autant que les femmes – et pas seulement les hommes des classes aisées.
Le khôl était universel : artisans, soldats, prêtres, enfants – tout le monde portait ce trait noir autour des yeux, d’abord pour des raisons sanitaires.
Le climat aride et poussiéreux du désert attaquait les yeux et la peau quotidiennement. Le khôl protégeait, filtrait l’éblouissement et repoussait les insectes.
Aujourd’hui, un homme qui veut s’approprier ce look peut tout à fait le faire de façon sobre. Un simple trait de khôl ou d’eye-liner noir sur la paupière inférieure suffit à créer l’effet, sans que le résultat soit théâtral.
Les sourcils marqués au crayon, légèrement allongés vers la tempe, complètent le regard sans surcharger l’ensemble.
Pour une version plus dramatique – festival, soirée costumée – on peut aller jusqu’au tracé complet en amande avec un fard doré sur les paupières. Le résultat est impactant sur tous les types de visage et toutes les carnations.
Cléopâtre au cinéma : quel maquillage les films ont-ils imposé?

Le film Cléopâtre de 1963, avec Elizabeth Taylor dans le rôle titre, a figé dans l’imaginaire collectif un look très précis.
Ce long-métrage, dont le budget dépassait les 44 millions de dollars – une somme astronomique pour l’époque – a mobilisé des équipes de maquilleurs et costumiers pendant des années.
Le maquillage d’Elizabeth Taylor dans ce film – trait d’eye-liner épais et très allongé, paupières bleutées et dorées, lèvres rouges parfaitement dessinées – est devenu la référence visuelle que tout le monde associe à Cléopâtre.
Mais ce look doit beaucoup aux conventions esthétiques des années 1960 autant qu’à la réalité historique.
Le trait d’eye-liner est influencé par le style graphique très en vogue à cette période, popularisé par Audrey Hepburn et Sophia Loren.
Les paupières bleutées n’ont pas de base historique solide – les Égyptiens utilisaient surtout du vert et du noir. Quant aux cils faux très fournis portés par Taylor, ils étaient inconnus dans l’Égypte antique.
Ce n’est pas un défaut du film – c’est simplement la preuve que chaque époque réinterprète les icônes à travers ses propres codes.
Le maquillage vu à l’écran en 1963 a eu une influence durable : encore aujourd’hui, quand on parle de maquillage inspiré de Cléopâtre, c’est souvent ce look hollywoodien qu’on cherche à reproduire, pas exactement le mesdemet appliqué au bâtonnet dans l’Égypte antique.
Il y a quelque chose de presque logique là-dedans : Cléopâtre elle-même cultivait sa mise en scène avec soin. Elle comprenait le pouvoir de l’image.
Le fait que son visage continue d’être réinventé, siècle après siècle, ressemble finalement à une victoire à long terme.